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Le 26 octobre 1972, Mathieu Kérékou arrive au pouvoir au Bénin, à la faveur d’un coup d’Etat. Le noyau dur qui fomente ce putsch militaire est composé de Michel Alladayè, Janvier Assogba et Michel Aïkpé. Le nouveau Président Mathieu Kérékou nomme ses fidèles à des postes clés. Le capitaine Michel Aïkpé est nommé ministre de l’intérieur. Le 20 Juin 1975, le Bénin est en ébullition ; le jeune ministre de l’intérieur a été froidement assassiné. Il avait à peine 33 ans.
La nouvelle va susciter une consternation générale, car Michel Aïkpé était très apprécié des Béninois. Pour éviter tout soulèvement populaire, des mesures sécuritaires drastiques ont été prises ; les frontières sont fermées. Cotonou retient son souffle !
Mais qui a tué Michel Aïkpé et pourquoi a-t-il été assassiné ?
La version officielle soutient que le ministre de l’intérieur Michel Aïkpé a été abattu parce qu’il a été pris en flagrant délit d’adultère avec l’épouse du Président de la République, la magistrate Lakoussan Béatrice Symphorose. Selon le Communiqué du Bureau Politique National rapporté par le quotidien gouvernemental Daho-Express n°1689 du lundi 23 Juin 1975, les circonstances ayant conduit au meurtre du ministre de l’intérieur auraient été les suivantes.
Le Chef de l’Etat a été alerté des présences insolites et irrégulières de son épouse (la première dame) au domicile de fonction du capitaine Aïkpé. Suspectant une relation adultérine, le Chef de l’Etat s’est rendu sur les lieux avec sa garde. Il va apercevoir sur les lieux, la voiture qui aurait servi son épouse. Sommés d’ouvrir la porte, les occupants de l’appartement ne se sont pas exécutés. Confronté à ce refus d’obtempérer, le Président Kérékou va demander à sa garde de défoncer la porte. C’est alors là que le Président va découvrir le pot au rose : Son épouse et le capitaine Aïpké en tenue d’Adam et Eve ; nus comme un ver de terre.
Ainsi, surpris en flagrant délit d’adultère et alors qu’il tentait de s’enfuir, le capitaine Aïkpé fut incidemment abattu par la garde présidentielle.
Le Chef d’Etat va par la suite prendre des sanctions très fortes à l’encontre de son épouse. Il signe un décret présidentiel publié au Journal Officiel du 15 Octobre 1975 qui dit notamment ceci : « Par décret du président de la République, Chef de l’Etat, Chef du gouvernement, le Conseil des Ministres entendu, en date du 23 février 1976, la camarade Lakoussan Béatrice Symphorose est radiée du Corps de la Magistrature pour compter du 20 juin 1975.
La camarade Lakoussan Béatrice sera reclassée dans le Corps des Administrateurs Civils au grade correspondant à son ancienneté dans le Corps de la Magistrature et mise à la disposition du Ministre de la Fonction publique et du Travail ».
Voici la version officielle sur la mort du ministre de l’intérieur le Capitaine Aïpké. Face à ce crime crapuleux, les masses populaires à Cotonou comme à Abomey organisèrent des manifestations qui furent sévèrement réprimées. Pour ces populations, il s’agit tout simplement d’un « assassinat politique » maquillé en affaire de mœurs. Secret de polichinelle, le Ministre de l’Intérieur Michel Aïkpé était devenu le principal rival de Mathieu Kérékou au sein de l’appareil Etatique.
Kérékou craignait certainement que celui-ci ne l’évince du pouvoir. C’est pour cette raison que Kérékou aurait fomenté son assassinat. Plusieurs témoignages abondent dans ce sens. Voici par exemple le témoignage du Général François Kouyami, extrait du livre « Notre ami Kérékou » d’Amadou Ousmane, Editions Assuli, 2016, pages 79-80 :
« On a beaucoup spéculé sur l’affaire Aïkpé. Je voudrais préciser ceci : pour l’Histoire, ce qu’il faut savoir, c’est que le coup d’Etat contre Kérékou avait bel et bien été préparé par Aïkpé et Assogba. Mais Aïkpé a pris la fuite. On a mis la main sur Assogba et Aïkpé est revenu et a repris ses fonctions. Kérékou, qui a la rancune tenace, n’a rien voulu oublier. C’est alors que Béatrice, la femme de Kérékou, s’est interposée pour les réconcilier tous les trois.
Il y a eu plusieurs séances de réconciliation qui ont échoué et c’est à la dernière séance que les choses ont dérapé. Ça a chauffé. Et Aïkpé qui était plus sportif, a attaqué Kérékou. Celui-ci s’est défendu comme il se devait. Ils en étaient au corps à corps lorsque le garde du corps de Kérékou a ‘’allumé’’…autrement dit, a tiré sur Aïkpé. C’était un incident, rien de plus ! Et tout ce que l’on a pu raconter sur les prétendus ‘’coucheries’’ entre Aïkpé et l’épouse de Kérékou n’était qu’affabulation…».
Comme pour lever définitivement le doute, le général François Kouyami apporte un peu plus de détail dans son livre-entretien « Affaires d’Etat au Bénin : le Général François Kouyami parle… » :
« Muni de son fusil mitrailleur, le capitaine Aïkpé était parti au volant de sa voiture. On saura plus tard, qu’il s’était rendu seul au palais de la présidence de la République. Les échanges qu’il avait eus avec le président Kérékou, étaient très emportés et particulièrement violents. Le capitaine Aïkpé qui avait commis l’erreur fatale de se rendre au palais sans ses gardes du corps, était devenu particulièrement agressif et voulait s’en prendre physiquement au commandant Kérékou.
Mais il avait laissé son fusil mitrailleur dans sa voiture. Kérékou n’était pas armé non plus. En revanche, le président était suivi de son garde du corps, Martin Dohou Azonhiho originaire d’Abomey… Il s’est fait liquider par la suite en faisant du chantage, une technique qu’il maîtrisait mal. Alors, c’est ce garde du corps Martin Dohou Azonhiho qui avait tiré sur le capitaine Aïkpé, à la grande surprise de Kérékou.
Lakoussan Béatrice Symphorose, l’épouse du président qui, avant cet incident, avait tenté vainement de calmer les deux protagonistes, assista, impuissante, à l’exécution du ministre de l’Intérieur. Le choc reçu face à ce drame, l’avait presque détraquée. Contrairement aux rumeurs, elle n’était pas droguée, elle était traumatisée. En définitive, c’est le zèle de ce garde du corps qui a valu la mort d’Aïkpé. »
Il est donc nécessaire de réhabiliter la mémoire du Capitaine Aïkpé.
✍🏾Arol Ketch (Source externe)
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