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AFRIQUE : Et si les changements climatiques et les coups d’Etats successif étaient liés ? ✍🏾Par Beaugrain Doumongue, Ingénieur civil

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Du Mali au Burkina Faso, en passant par la Guinée, la recrudescence des coups d’Etats en Afrique est le signal frappant d’un véritable ras-le-bol partagé par les populations au sein des frontières ouest-africaines. Et si les changements climatiques avaient quelque chose à y voir ?

Qu’il s’agisse de gouvernance, de démocratie, de droits humains, d’éducation ou de sécurité, l’interminable liste des défis africains ne tombe pas de nulle part, il est vrai. L’incapacité des gouvernements à maintenir la barre haute et saine, sur ces questions, est difficile à défendre, au regard des faits. Le ras-le-bol témoigne ainsi de la rougeur vive des signaux faibles affichés par le continent sur de nombreux sujets. Comment éviter la grogne dans ce cas, attendu que les observateurs les mieux avertis restent les populations ? Comment l’éviter, spécifiquement lorsque la croissance brandie par les Etats africains, n’évoque rien à l’agriculteur de Koutiala (Mali), au menuisier de Nzérékoré (Guinée) ou à l’éleveur de Dori (Burkina Faso) ?

En effet, en dépit des difficultés que peut rencontrer un pays, la cohésion sociale n’est véritablement menacée que quand le panier de la ménagère est vide. Là, commence une foultitude de questionnements qui, enflammés par le niveau de vulnérabilité lié au manque d’éducation, débouchent facilement sur des soulèvements ou alors des conclusions radicales, car l’expérience vérifie l’équation : (ventre vide + analphabétisme) insécurité = révolte. La vraie question du ras-le-bol est sans doute celle de la pauvreté. Mais pas que…

Un enjeu explosif

L’insécurité croissante dans les pays d’Afrique de l’Ouest est un grain de sable dans les rouages de la stabilité sous-régionale. Et l’insécurité ne connaît malheureusement pas de faux-semblants. Elle explose l’équilibre sociétal, fait voler en éclat l’idée de la Nation et oppose ses forces vives. Il en va ainsi des conflits intercommunautaires liés à l’assèchement du lac Tchad dont dépend plus d’une trentaine de millions de personnes. D’où l’urgence de questionner ses mécanismes pour anticiper les risques à venir.

Il est impossible d’aboutir à une analyse pointue des menaces sécuritaires qui talonnent l’Afrique, sans aborder la question du réchauffement climatique et de ses conséquences. Entre la pénurie de l’eau, les catastrophes climatiques, la variété des saisons et donc celle des rendements agricoles, la pauvreté est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est le cas des manifestations violentes, réprimées de façon non moins violente, qui ont eu lieu à Ispahan en Iran, en novembre 2021.
La violence s’explique de fait, parce que « l’homme se définit avant tout comme un être en situation », comme disait Sartre… et l’émeute se justifie dès lors, parce que « l’homme est un animal aux instincts de survie primitifs […] » comme disait Charlie Chaplin. A quoi s’attendre donc, si dans une atmosphère insécure, l’Etat échoue à protéger et défendre son territoire et ses populations ?

Il est d’une évidence frappante que les changements climatiques posent des risques patents et augurent de véritables défis de sécurité, pour les pays africains. La guerre du Darfour, l’influence du groupe Al-Chabab en Somalie, et les multiples conflits dans le Sahel central y sont liés. Ce sont des exemples actuels dont l’intensification progressive restera proportionnelle à celle des événements climatiques extrêmes. Un terreau fertile pour l’enracinement des groupes terroristes comme Boko Haram. Dans ce contexte, la chute de nombreux Etats est à craindre. Le discours paraît légitime : « l’armée a décidé d’assumer ses responsabilités … ». Quoi de plus normal, de ce point de vue, que le couperet tombe sous la forme de coups d’Etats ?

Une occasion d’agir

« Le changement climatique a commencé en 1960, mais personne, y compris les climatologues, ne l’a reconnu », peut-on lire à la première page du rapport intitulé « Recherche climatologique sur les problèmes de renseignement, relatif à une étude conduite par la CIA en 1974 ». Voilà donc plus de soixante ans que perdure ce phénomène longtemps ignoré, et près d’un cinquantenaire qu’il a conduit les populations africaines à en devenir les premières victimes.

S’il ne fait aucun doute, au regard de l’analyse des signaux faibles et de celle des données scientifiques, que le changement climatique menace directement l’équilibre des Etats ; il reste tout de même que les Etats, quels qu’ils soient, se condamneraient eux-mêmes à une chute certaine, s’ils échouaient à répondre aux besoins vitaux de leurs populations.

Adlai Stevenson, ancien gouverneur de l’Illinois ne disait-il pas : « comprenez les besoins humains, et vous avez déjà fait la moitié du chemin pour les satisfaire » ?
Il se trouve justement que les sociétés civiles africaines transpirent les besoins et aspirations desdites populations. Leur défi à elles, est plus grand que celui des Etats. Pourquoi ? Simplement du fait qu’elles représentent un trait d’union naturel et impératif entre le peuple et ses dirigeants. Elles assument donc une position inconfortable, parce que talonnée des deux côtés. C’est dans cet environnement complexe qu’elles doivent plus que jamais s’organiser et fédérer leurs ardeurs pour devenir une véritable force de proposition contre les changements climatiques, au profit de la paix et de la sécurité.+, dans l’intérêt supérieur des nations.

À propos de l’auteur(*) Beaugrain Doumongue est ingénieur du bâtiment. Ex Secrétaire général, porte-parole et président de la Commission BTP du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique (CAVIE), il a précédemment servi pendant deux ans en tant que Coordonnateur des clubs de jeunesse du Centre, sur le continent africain.

✍🏾La Tempête Infos, avec La Tribune Afrique

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